par Fabienne |

Qu’est ce que les groupes de SoS ?

LES GROUPES DE S.O.S

On doit à Jacques Lévine  (]) la création des groupes de SOS (Groupes de Soutien au Soutien) Psychanalyste et docteur en psychologie Jacques Lévine  s’est inspiré des Groupes Balint qu’il a adaptés en un dispositif précis destiné en priorité aux enseignants;

A l’origine il y a La trouvaille de Balint

Michael Balint (1896-1970) est né à Budapest. après des études de médecine il se forme à la psychanalyse. En 1938 les évènements politiques l’obligent à fuir la Hongrie, il s’exile en Angleterre où il restera jusqu’à la fin de sa vie. Il s’intéresse aux problèmes de l’enfance et travaille à la Tavistock Clinic. Dès 1949 il y pratique ce qu’on appellera des Groupes Balint dans le cadre de la formation des médecins généralistes. Ces groupes tentent de répondre à quelques questions: pourquoi la relation entre malades et médecins est-elle si souvent malheureuse? D’où vient le mécontentement paradoxal de certains patients quand leurs symptômes physiques disparaissent ou quand les examens effectués auprès de spécialistes sont rassurants? L’hypothèse de Balint porte sur la demande inconsciente des malades.

A leur insu c’est une aide psychologique qu’ils espèrent de leur médecin. Au-delà de troubles organiques c’est l’intégralité de leur personne qui est en jeu.

Balint formule son hypothèse dans le cadre d’un univers social en mutation, d’une réalité quotidienne plus difficile à vivre. Dans son livre Le médecin, son malade et la maladie,[2]  il écrit : « Le développement de la civilisation urbaine a eu pour résultat qu’un grand nombre d’individus ont perdu leur relations familiales et se sont déracinés […] l’individu est de plus en plus isolé, et même esseulé. S’il a des ennuis il n’a presque personne à qui demander conseil, une consolation ou même simplement une occasion de s’en délivrer » Ce constat demeure étonnement d’actualité même si les paramètres sociaux ne sont plus exactement les mêmes et si certains d’entre eux, -chômage, précarité de l’emploi, – se sont aggravés. Balint poursuit ainsi : « Nous savons que dans la plupart des cas, sinon dans tous, un stress, une tension mentale ou émotionnelle se trouvent accompagnés de sensations corporelles diverses.

Dans ces états une solution possible et d’ailleurs fréquente est de voir son médecin et de se plaindre ».

Quand le médecin  n’entend pas la dimension relationnelle en jeu la souffrance psychique du patient s’accroit, il exprime son mécontentement d’une façon ou d’une autre. Or à l’époque où vivait Balint la formation à la relation brillait par son absence dans le cursus de formation des médecins. Par ailleurs tous les généralistes bien évidemment n’avaient pas besoin de faire une analyse personnelle qui les aurait familiarisés avec la dimension inconsciente des demandes qui leur étaient faites. C’est alors que Balint a l’idée de créer des groupes de formation ; C’est afin d’aider les médecins généralistes à entendre leurs patients que Balint fonde ces groupes de travail clinique. Les groupes, composés de 8 à 12 médecins, animé par un psychanalyste un ou deux observateurs, étaient hebdomadaires.[3]A chaque séance un médecin expose un cas,- où la relation avec le patient pose problème-et l’ensemble du groupe pose des questions puis émet des hypothèses afin d’éclairer l’origine des difficultés.

Le cadre théorique d’un Balint est psychanalytique, ses outils de travail sont l’écoute et la parole, ses hypothèses sont celles de phénomènes inconscients à l’œuvre dans la relation médecins malades, qu’il s’agisse d’identifications, de fantasmes ou du transfert tant du patient et que du thérapeute.(4) On a désigné par contre-transfert le transfert de l’analyste. Dans un groupe Balint il s’agit de faire prendre conscience aux médecins  de leur transfert envers leurs patients, c’est-à-dire de la manière singulière dont chacun à son insu s’adresse à l’autre et de les sensibiliser à l’écoute du transfert des patients.  Mais à la différence de la cure analytique dans laquelle le transfert est analysé dans ce qu’il a de plus intime dans un groupe Balint la sphère privée doit rester privée et seule une sensibilisation aux modes de fonctionnement des uns et des autres est requise.

Les Groupes Balint s’introduisent en France dans les années soixante et ils s’élargissent rapidement à d’autres professionnels, médecins spécialistes et travailleurs sociaux

Il existe des sociétés nationales  groupe-Balint, société de formation , de recherche et de pratique Balint.

Jacques Lévine et les groupes de SOS

 

Pour connaître les travaux de Jacques Lévine on peut se reporter au site de l’AGSAS, l’association qu’il a fondée et qui existe toujours. On peut aussi prendre connaissance de  son livre: Je est un autre,-Pour un dialogue pédagogie-psychanalyse, Ed.ESF décembre 2000 (avec Jeanne Moll) réédité  en 2008. Ou encore à la revue de l’AGSAS Je est un autre, éditée une fois par an.

Je dirai seulement ici que Jacques Lévine  s’est inspiré du Balint pour inventer des groupes dits de Soutien au Soutien  adressés d’abord aux enseignants mais aussi aux éducateurs, aux psychologues scolaires, aux  orthophonistes et aux travailleurs sociaux. Les groupes de SOS  demeurent résolument sous le signe de la psychanalyse dans l’approche qu’ils ont des conflits vécus par les enfants et les adolescents. Mais l’écoute analytique va de pair avec la volonté de proposer aussi des remédiassions concrètes, donc aussi pédagogiques.  Ces groupes composés d’une dizaine de personnes volontaires se réunissent, en général, une fois par mois et font confiance à la co-réflexion, c’est-à-dire à la réflexion émanant du travail des participants. Ces analyses de pratiques sont un lieu de parole où les professionnels peuvent verbaliser leurs difficultés et où le groupe réuni tente de faire l’intelligibilité sur l’origine des problèmes rencontrés.

Le jeu de mot sur SOS témoigne bien de la préoccupation qui fut celle de Jacques Lévine de répondre à l’urgence de la détresse vécue tant par les enseignants que par les enfants.

Je propose d’ouvrir un nouveau groupe de SOS à mon cabinet qui se trouve dans le onzième arrondissement.

Je demande à chaque participant la somme de trente euros mensuels. Les réunions durent  une heure et demie au minimum et  le plus souvent deux heures.[5]


[1] Jacques Lévine(1923 2008) Pour une information plus précise consulter le site de l’AGSAS agsas.free.fr

[2] Michael Balint Le médecin, son malade et la maladie, Payot

[3] Consulter Groupes Balint sur Wikipédia

[4] Pour aller vite, disons que le transfert désigne les liens conscients et inconscients qui unissent patients et thérapeutes. Il s’agit du déplacement d’affects vécus dans l’enfance sur la personne du thérapeute. Les médecins apprennent dans un groupe Balint à identifier leur transfert envers leurs patients.

[5] Pour rédiger ce texte j’ai eu recours  aux documents suivants : Groupe Balint. Wikipédia .org , Françoise Delbary, La psychanalyse, une anthologie 1.Les concepts fondamentaux, Michael Balint, Pocket, 1996, et agsas.free.fr