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UNE ANALYSE SANS TRANSFERT ET DES TRANSFERTS H0RS ANALYSE par Fabienne Biegelmann in Che vuoi? n=°27

La correspondance entre Lou Andréas-Salomé et Anna Freud peut susciter notre intérêt de bien des façons. Anna, fille de Freud, nous fait pénétrer dans l’intimité de la vie des Freud, de leurs joies et de leurs drames : la mort de l’une des sœurs d’Anna, Sophie, a eu lieu en 1920, un des fils de Sophie, Heinerle, meurt en 1923, cette même année où Freud subit aussi sa première opération de la mâchoire. Lou, la disciple féminine préférée du maître nous mêle à l’histoire du Mouvement psychanalytique. Mais le point vif de cet échange épistolaire qui suscite notre attention est ailleurs : dans la progression d’Anna Freud, de sa vocation d’enseignante à son choix de la psychanalyse. La jeune fille timide qui n’osait guère prendre la parole en public va devenir membre de la Société Psychanalytique de Vienne puis elle en viendra à représenter Freud au sein de l’API (Association psychanalytique internationale). Ce cheminement passe par la rencontre avec Lou.

Leur amitié naît en 1921 à l’occasion d’un séjour de Lou chez les Freud à l’initiative de Freud. Les deux femmes diffèrent en tout. Lou a soixante ans comme la mère d’Anna, qui elle en a vingt six. On sait quelle grande amoureuse fut Lou, combien elle fut aimée. La jeune Anna n’a aucune confiance en elle comme femme, on ne lui connaît aucune liaison avec un homme. Lou est un écrivain connu tant pour ses œuvres littéraires que pour son livre sur Nietzsche ; elle pratique l’analyse depuis dix ans, elle a publié en 1916 un article « Anal et sexuel », Anna a une formation d’institutrice, elle n’a guère plus confiance en elle dans le domaine de la pensée que dans celui de la féminité ; elle a entrepris un premier temps d’analyse avec son père en 1918 mais n’a pas encore choisi entre l’enseignement et la psychanalyse. L’amitié entre elles sera vive ; elles se rencontreront quelques fois, à l’occasion de congrès, Anna viendra à deux reprises passer quelques jours chez Lou à Gottingen et Lou fera à nouveau un court séjour chez les Freud ; elles s’écriront beaucoup entre 1921 et 1937, soit jusqu’à la mort de Lou. L’affection de Lou pour Anna se joue sur fond de transfert à Freud. Dans une première lettre à Anna, au retour d’un congrès de psychanalyse qui les a réunies, elle écrit :  « J’ai eu si souvent à Vienne, comme il m’est arrivé de te le raconter, un rêve dans lequel je conversais avec ton père ; c’était une manière d’atteindre après- coup au but que mes désirs faisaient miroiter (…). Mais cette fois , cela s’est changé en une longue conversation avec toi-je ne sais plus sur quoi, mais le sujet nous était profondément commun, et nous marchions dans je ne sais quelle direction, mais vers un but commun. » Écrire à Anna sera aussi une manière de s’entretenir avec Freud. Leur amitié sera tissée de ce but commun : défendre la psychanalyse et le père de la psychanalyse. L’amour de Lou pour Freud relève d’un transfert à une figure paternelle. Deux ans avant sa mort , Lou écrivait à Freud :  « Que ne puis je vous voir en face, pendant dix minutes, voir « la figure du père » qui domine ma vie ? » Après s’être rendue au chevet de Freud malade veillé par Anna elle exprime l’émotion qu’elle a ressentie en arrivant à la maison de santé en ces termes : «  Comme si je rentrais à la maison chez mon père et ma soeur ». Entre Freud et Lou pas d’analyse mais du transfert, transfert de travail fécond dont témoigne toute la dernière partie de la vie de Lou , sa passion pour son activité d’analyste, ses écrits théoriques. Entre Lou et Anna pas d’analyse mais un transfert adressé à Anna qui s’origine du transfert à Freud.

Qui Anna aime-t-elle à travers Lou ? On sait par sa biographe , Elisabeth Young-Brehl, que ses relations tant avec sa mère qu’avec ses sœurs furent empoisonnées par la jalousie, sur un mode œdipien banal mais aussi que la jalousie et la passion pour le père s’installèrent dans une durée moins banale. Jeune fille Anna ne s’intéresse pas aux hommes hormis à son père. La mort de sa sœur Sophie la confronte à un deuil douloureux entre amour et haine. Lou sera pour elle la sœur qu’elle ne jalousera pas, la mère peut-être aussi car c’est surtout Lou qui inscrit leur lien dans la sororité . Lou a l’âge d’être la mère d’Anna, mère idéale qui bien loin d’interdire le père viendra conforter Anna dans sa passion sublimée pour Freud. Lou est aussi pour Anna une femme idéalisée par l’estime et la vive affection qu’elle sait que son père lui porte. Lou Andréas-Salomé, la seule femme avec la quelle Freud a entretenu une correspondance aussi exigeante et aussi abondante qu’avec ses disciples masculins. Lou, estimée par Freud à l’égal d’un homme, Lou la séductrice aussi qui plaît à Freud comme une femme, une femme qui pense et écrit comme un homme sans rien perdre de son charme féminin. On peut supposer qu’en Lou Anna Freud a aimé une image idéale d’elle même, ce qu’elle voulait être dans le regard de son père et faire l’hypothèse d’un lien transférentiel, soit d’un déplacement sur la personne de Lou de cette image idéale.Le désir de Freud est aussi présent dans la rencontre entre Lou et Anna.C’est lui qui invite Lou à venir les voir en famille, il souhaite l’aide de Lou dans la formation d’Anna. Le désir de Freud est aussi présent dans la rencontre entre Lou et Anna.C’est lui qui invite Lou à venir les voir en famille, il souhaite l’aide de Lou dans la formation d’Anna. Le désir de Freud est aussi présent dans la rencontre entre Lou et Anna.C’est lui qui invite Lou à venir les voir en famille, il souhaite l’aide de Lou dans la formation d’Anna.

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