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LE RIRE DE HANS par Fabienne Biégelmann in Che vuoi? n°30

Evoquant son film Les 400 COUPS François Truffaut écrivait : « S’il y avait une thèse dans notre film ce serait celle-ci : l’adolescence ne laisse un bon souvenir qu’aux adultes ayant mauvaise mémoire ».[1]Pour Truffaut l’adolescence faisait encore partie de l’enfance. La psychanalyse, c’est bien le moins qu’on puisse lui reconnaître, a largement contribué à tordre le cou au mythe de l’enfance heureuse ; et pourtant au terme de son livre Le mot d’esprit et sa relation à l’inconscient,[2] après avoir distingué le mot d’esprit de l’humour et du comique Freud conclut :  « L’euphorie que nous aspirons à atteindre par ces voies n’est rien d’autre que l’humeur d’une époque de la vie où nous avions l’habitude de faire face à notre travail psychique au prix d’une dépense somme toute minime, c’est l’humeur de notre enfance, à un âge où nous ignorions le comique, étions incapables d’esprit et n’avions pas besoin de l’humour pour nous sentir heureux dans la vie ». [3]Curieusement Freud semble avoir ici la nostalgie du temps béni de l’enfance : selon lui l’humour console et l’enfance n’aurait pas besoin de consolation, le mot d’esprit nous fait rire, il est une source de plaisir car il nous évite un travail psychique pesant en levant  les inhibitions que nous sommes contraints d’exercer envers nos tendances agressives et sexuelles ; l’enfance, elle,  serait dispensée de ces dépenses d’énergie. Si ce regard sur l’enfance peut  surprendre chez Freud, il est néanmoins cohérent avec son analyse du mot d’esprit et de l’humour qui dans leur mode de fonctionnement ne concernent effectivement que les adultes ; seules les grandes personnes éduquées ont appris à refouler les pulsions sexuelles et les pulsions hostiles, en tout cas à réprimer leur expression. Le mot d’esprit permet de lever cette censure en faisant rire.

On a souvent souligné à juste titre que c’est la même année-1905- que Freud a publié Les trois essais sur la théorie de la sexualité et Le mot d’esprit et sa relation à l’inconscient : les deux textes suivent les mêmes fils, ceux du plaisir et de l’histoire de sa répression ; plaisirs pluriels, ceux du corps, pulsions sexuelles dites perverses car elles font fi du primat du génital et s’autorisent de bon cœur sadisme et masochisme, exhibitionnisme et voyeurisme ; mais aussi plaisir de jouer avec la langue, de dire n’importe quoi, d’émettre des sons qui n’ont guère de sens, plaisir affranchi du fardeau de la raison . Le mot d’esprit est  inutile à l’enfance. Les enfants ne se soucient pas du sens de leurs propos, ils jouent avec les mots : « A l’âge où l’enfant apprend à manier le vocabulaire de sa langue maternelle, il éprouve un plaisir manifeste à faire de ce matériau une « expérimentation ludique »(Gross), et il assemble les mots sans se soumettre à la condition de sens, afin d’obtenir grâce à eux l’effet de plaisir lié au rythme ou à la rime ; Ce plaisir, il se le voit progressivement défendre, jusqu’à ce que les seuls assemblages de mots autorisés qui lui restent soient ceux qui aient un sens ».[4]

On pense à Michel Leiris évoquant un souvenir d’enfance, un de ses jouets-un petit soldat-est tombé, il le ramasse et découvrant soulagé qu’il n’est pas cassé, s’écrit : « …Reusement ! »C’est alors qu’un adulte le reprend en lui faisant observer que c’est « heureusement » qu’il faut dire. En un éclair le vocable perd son statut d’exclamation confuse, d’interjection utilisée sans nulle conscience de son sens réel « encore toute proche de mes viscères, comme le rire ou le cri »[5]pour devenir un élément du langage ayant un sens commun à tous.

Un même dressage nécessaire , mais parfois abusif, éduque les enfants et leur apprend à bien se tenir, à ne pas manifester en public leurs plaisirs sexuels et langagiers, plaisirs langagiers étayés sur le pulsionnel, plaisirs sexuels  noués aux jeux de la langue; l’éducation leur apprend à  s’exprimer exclusivement dans des formes socialement autorisées, ou encore à refouler leurs pulsions.

Quant à l’humour, c’est plus tard, dans un article de 1927, L’humour, [6]que Freud soutient que cette consolation est le fait du surmoi qui console le moi des souffrances qu’il tente d’éviter : « Cela a-t-il un sens de dire que quelqu’un se traite lui-même comme un enfant et joue en même temps à l’égard de cet enfant le rôle de l’adulte supérieur ? »[7] Oui, cela a un sens, mais cette consolation n’est possible que pour des adultes ou des enfants assez grands pour que l’instance parentale ait pu s’intérioriser en surmoi. L’humour est cette tentative que nous faisons pour rire de nos malheurs, refuser de nous laisser atteindre par la souffrance, en affirmant ainsi l’invulnérabilité du moi, le triomphe du narcissisme jusque dans le refus de la mort : ainsi le condamné à mort du lundi qui déclare : « Eh bien, la semaine commence bien ! »[8]

Freud a attiré notre attention sur des formes élaborées du mot d’esprit et sur des histoires drôles relevant d’un humour adulte. Cependant il ne nous a jamais parlé de l’enfance comme d’une  plage de temps homogène mais au contraire comme d’un processus ponctué de crises. La réponse des enfants confrontés à la nécessité de remaniements psychiques  ne passe-t-elle pas aussi par le rire ?  Pour trouver une issue au conflit œdipien, à l’angoisse de castration, pourquoi les enfants ne prendraient ils pas parfois appui sur le rire ?

Dans l’unique cas clinique où Freud  s’est intéressé à un enfant, le célèbre « petit Hans » devenu peu ou prou l’enfant fétiche de la psychanalyse, le père de la psychanalyse nous fait remarquer que ce petit garçon nous fait rire.

Pourquoi sommes-nous capables de relire tant de fois avec plaisir l’histoire de cette phobie ? [9]

Si Hans ne fait pas de mot d’esprit il a le don de nous  amuser car avec la plus grande gentillesse du monde il se moque de son père, et sans doute aussi du professeur Freud.

Dans Le Séminaire IV, La relation d’objet, [10]Lacan nous incite à lire l’histoire clinique de cette phobie en la recentrant sur le concept de castration symbolique, notion qui en 1909, quand Freud a écrit le texte, n’était pas encore privilégiée et s’effaçait  derrière la mise en avant de la rivalité œdipienne du fils avec le père. Rappelons brièvement comment Lacan situe le surgissement de la phobie : elle fait suite à un premier temps du récit où Freud nous a rapporté les observations du père de Hans. A ce moment  le phallus est l’objet central de l’organisation du monde de l’enfant et il structure son univers symbolique en fonction de ce fameux « fait-pipi » ; Hans désigne ainsi le pénis, et partage le monde entre ceux qui l’ont et ceux qui ne l’ont pas : les animaux ont un fait-pipi, pas les locomotives, le père a un fait-pipi, et pour Hans au début la mère aussi a un fait-pipi. Période  bénie pendant laquelle Hans ne s’inquiète guère pour son pénis à lui.

Cet âge d’or est celui nous dit Lacan où l’enfant s’éprouve comme le phallus qui vient combler le désir de la mère. La phobie surgit dès lors que ce leurre imaginaire n’est plus tenable. La naissance de sa sœur Anna est venue déloger Hans de sa place de petit dieu, c’est quinze mois après cette naissance  qu’il éprouve de l’angoisse. Lacan pointe aussi comment la masturbation de l’enfant peut venir marquer « la béance immense qu’il y a entre satisfaire à une image et avoir quelque chose de réel à présenter »[11]. Il y a un gouffre entre son misérable petit pénis et le phallus supposé pallier au manque de la mère. Autrement dit Hans est confronté à des éléments qui nécessitent la révision de la première ébauche de système symbolique structurant la relation avec sa mère. Il apparaît alors que pour en sortir, passer à une autre organisation symbolique Hans n’a pu faire l’économie d’une phobie. Angoisse de sortir dans la rue, puis peur d’être mordu par un cheval. C’est le père de Hans qui accompagnera l’enfant tout au long de cette épreuve et il transmettra à Freud ses échanges avec son fils, les paroles de l’enfant et ses interprétations.

C’est alors que Lacan à la suite de Freud est frappé par la drôlerie de Hans, au point de nous inciter à lire Le mot d’esprit et sa relation à l’inconscient : « A propos du style des réponses de Hans, je ne peux omettre de vous demander de vous rapporter à cette œuvre immense et admirable de Freud, encore à peine exploitée pour notre expérience, qui s’appelle le Witz ».[12]

Or il n’y a aucun trait d’esprit dans les paroles de Hans, si l’on s’en tient au mot d’esprit posé par Freud comme une création langagière qui fonctionne comme dans les rêves en jouant sur la condensation et le déplacement. Rien d’équivalent au fameux  « famillionnaire »  posé par Freud comme l’exemple par excellence du mot d’esprit : c’est la création du néologisme,  condensation de deux mots, « familier » et » millionnaire » en un seul qui nous fait rire.[13] : Nous ne trouvons rien de cet ordre dans les propos de Hans, s’il nous fait rire c’est par la moquerie dont il fait preuve, ou encore le persifflage dont il témoigne. Freud et Lacan sont d’accord sur ce point et l’un comme l’autre interprètent l’insolence de Hans comme une réponse à la rigidité des interprétations du père, ce disciple zélé de Freud, parfois lourd, et aussi un peu harcelant avec son fils. Qui mieux que les disciples ont l’art et la manière de forcer le trait à vouloir servir le maître ? Le père de Hans émerveillé des découvertes de Freud, désire  confirmer ses hypothèses et va jusqu’à utiliser son fils comme un cobaye afin d’illustrer la justesse de la théorie psychanalytique ; à son insu il vient se mettre à la place du Sujet supposé savoir, car le savoir de Freud il y croit dur comme fer et il s’efforce de l’incarner sur un mode obstiné.

Pour Freud il ne fait aucun doute que trop souvent le père inflige à l’enfant un forçage, abuse de la suggestion : « Le père de Hans pose trop de questions et pousse son investigation d’après des idées préconçues, au lieu de laisser le petit garçon exprimer ses propres pensées ».[14] Ou encore Freud en profite pour conseiller aux jeunes analystes de « ne pas tout vouloir comprendre sur-le-champ, mais d’accorder une sorte d’attention impartiale à tout ce qui se présente et d’attendre la suite ».[15]

Hans construit un curieux fantasme : Anna aurait voyagé avec eux, dans une caisse, l’été précédant sa naissance. Freud y entend   une réponse de bonne guerre faite au père : « C’est une parodie et la vengeance de Hans contre son père », [16]qui lui a servi le mythe de la cigogne en réponse à la question : d’où viennent les enfants ? Ce que pense Hans selon Freud serait : « Si tu peux t’attendre à ce que je croie que la cigogne a apporté Anna en octobre, après que j’ai vu le gros ventre de maman l’été déjà, quand nous avons été à Gmunden, alors je peux aussi m’attendre à ce que tu croies mes mensonges ».[17]Quand le père insiste et demande à Hans comment Anna après sa naissance est venue  se trouver dans le lit de sa mère, Freud poursuit dans la même veine,  « Hans peut s’en donner à cœur joie en se moquant de son père »[18]. C’est en effet sur un mode parodique, pince sans rire, que Hans raconte les faits et gestes de la cigogne : « La cigogne a monté l’escalier jusqu’au palier, et alors elle a frappé et tout le monde dormait et elle avait la clef qu’il fallait et elle a ouvert la porte et elle a mis Anna dans ton lit et maman dormait_ non la cigogne l’a mise dans son lit. Il faisait tout à fait nuit et la cigogne l’a mise tout doucement dans le lit, elle n’a pas fait de bruit du tout avec ses pieds, et puis elle a pris son chapeau, et puis elle est repartie ».[19]

Lacan reprend bien à son compte le lien que fait Freud entre les moqueries de Hans et la suggestion du père et il va jusqu’à qualifier ses interventions  de « véritable inquisition ».[20]Mais pour Lacan la violence de la suggestion paternelle ne va pas à l’encontre de la validité des paroles qu’elle suscite ; ce que la suggestion produit c’est une accélération, un emballement, une prolifération de fantasmes, mais, suggestion ou non, Hans parle selon les structures qui lui sont propres. Que les moqueries de Hans, son persifflage, s’adressent à son père et témoignent de ses résistances à amener de l’eau au moulin du transfert du père à Freud, de combler le père qui se met à la place du Sujet Supposé Savoir, Lacan n’en disconvient pas mais il attire notre attention sur une autre dimension : le père de Hans est souvent à côté de la plaque car il interprète en s’obstinant à mettre en correspondance un signifiant et un signifié de façon univoque ; ainsi pour le père le cheval sera le père, la grande girafe aussi et la petite, la mère. Le père n’interprète pas, il traduit, il confond interprétation et traduction. Or ce que Lacan veut nous faire comprendre, et pour ce faire il rapproche le mythe de la phobie, c’est que nous avons affaire à une combinatoire où les éléments signifiants se définissent par leur articulation avec les autres éléments signifiants. Aucun des éléments de la phobie n’a de sens univoque. Lacan pose ce qu’il appelle une règle d’or pour les analystes : dans toute production de l’inconscient, dans toute névrose, nul élément signifiant ne peut être considéré comme ayant une portée univoque. Signifiant typique, le cheval, est posé comme « signe propre à tout faire »[21]  qui selon les moments de la phobie renverra au père, à la mère, voir à Hans lui-même. C’est en suivant ce fil que Lacan entend la raillerie de Hans comme une résistance à la suggestion paternelle, comme une tentative pour réintroduire de l’équivoque.

L’interprétation que donne le père de la peur qu’a suscité chez Hans la chute d’un cheval est exemplaire. Le père questionne : « le cheval était-il mort quand il est tombé ? » Hans : « Oui ». Moi : « Comment le sais- tu ? » Hans : « Parce que je l’ai vu » (il rit). « Non, il n’était pas mort ». Moi : « Peut-être as-tu pensé qu’il était mort ? » Hans : « Non, sûrement pas. Je l’ai dit seulement pour rire ».[22] « Nous avons l’impression, nous dit Lacan, qu’il lui dit : « je te vois venir. Au premier abord le mot mort il l’accepte comme équivalent de tombé, mais au second temps, il se dit-tu me répètes la leçon du Professeur. C’est très précisément en effet ce que le professeur vient d’insinuer, à savoir qu’il en veut fort à son père, jusqu’à vouloir sa mort. »[23] Quand Hans a vu tomber le cheval il a peut-être effectivement pensé qu’il était mort comme il a sans doute souhaité la mort de son père ; mais le cheval c’est aussi la mère et la peur de sa morsure, et c’est enfin Hans et son pénis.

L’invention  du fantasme des deux girafes et ses réactions aux interprétations de son père témoignent aussi d’une tentative de réintroduire de l’équivoque. Le fantasme tel que Hans le restitue dit : « Il y avait dans la chambre une grande girafe et une girafe chiffonnée, et la grande a crié que je lui avais enlevé la chiffonnée. Alors elle a cessé de crier, et alors je me suis assis sur la girafe chiffonnée ».[24]Le père traduit immédiatement, la grande girafe c’est moi, la chiffonnée ma femme, et le fantasme est une allusion à des scènes quotidiennes : tous les matins Hans vient dans notre lit et en dépit de mes protestations ma femme le prend avec nous au lit. Hans précise aussitôt : la grande girafe peut être aussi maman, il a bien vu quand elle se lavait qu’elle avait un long cou blanc. Mais il refuse aussi de faire de la girafe un symbole univoque de la mère, car lorsque le père dit en riant à sa femme au moment de sortir : « Au revoir grande girafe ! » Hans marque son désaccord, et dit : « Pas vrai ! » Lacan rectifie la traduction française mensongère : « n’est ce pas ? », là où Hans oppose son « Pas vrai ! »[25]  Cette petite girafe, dite chiffonnée, il serait plus juste souligne Lacan de dire qu’elle est « roulée en boule » car c’est ce que dit l’enfant, ce qu’il en fait : il prend le bout de papier et il le roule en boule, la petite girafe est un symbole, rien de plus qu’un dessin sur une feuille de papier. Moment essentiel pour Lacan, Hans passe de l’image du phallus de la mère à une métonymie de la mère, c’est un passage de l’imaginaire au symbolique.[26]

La visite au Professeur Freud est aussi l’occasion pour Hans de plaisanter un peu. Quand après avoir rencontré Freud qui tel un oracle lui a dit : « Bien avant qu’il ne vînt au monde, j’avais déjà su qu’un petit Hans naîtrait un jour qui aimerait tellement sa mère qu’il serait par suite forcé d’avoir peur de son père, justement parce qu’il aimait tellement sa mère »[27] la réaction de Hans est forte, brève, lapidaire : « Le professeur parle –t-il avec le bon Dieu, pour qu’il puisse savoir tout ça d’avance ? ».[28] Hans est-t-il surpris et admiratif, pris d’emblée dans un transfert où il crédite le Professeur d’un tout savoir qui supposerait des dialogues avec le bon Dieu, ou une fois encore se moque-t-il de son père qui prend le Professeur pour le bon Dieu, et de Freud qui joue au bon Dieu ? Sans doute ces  deux positions contradictoires peuvent elles coexister chez Hans.

Mais pouvons-nous réduire les moqueries de Hans à des résistances à la suggestion paternelle ? Dans cette traversée de la phobie, l’enfant perd sa place  de phallus imaginaire de la mère, il perd aussi son statut d’enfant unique. Le rire vient réparer tant bien que mal la blessure narcissique, la moquerie signe aussi bien la résistance à des interprétations simplistes qu’une réaction de défense à leur part de vérité. On peut en cédant à la facilité se gausser du père de Hans, mais il n’est jamais que chacun d’entre nous, n’importe quel analyste menacé de basculer, à un moment ou à un autre, à une place où il se prend pour l’incarnation du savoir.

Hans plaisante, Hans a envie de plaisanter, de jouer, d’affirmer une chose et son contraire, oui il a cru que le cheval était mort, mais non, ce n’était qu’une bonne plaisanterie, oui sa mère a un long cou qui évoque la girafe, mais non ce n’est pas elle la grande girafe. Hans aime raconter des histoires, il prend un plaisir évident à produire des fantasmes apparemment absurdes ; son père lui a expliqué que les poules pondent des œufs et que d’autres poules sortent des œufs, Hans rit et dit qu’il a vu son père pondre un œuf et qu’un poulet en est sorti, et puis il se reprend « Ce n’est pas vrai du tout, mais moi une fois j’ai pondu un œuf et un poulet en est sorti »[29] Nous ne sommes pas dans le persiflage, mais dans le plaisir d’inventer des histoires :  « A Gmunden, je me suis couché dans l’herbe, non, je me suis mis à genoux et les enfants ne me regardaient pas du tout, et tout à coup le matin j’ai dit : « cherchez les enfants, hier j’ai pondu un œuf ! » et tout à coup ils ont vu un œuf et il en est sorti un petit Hans ! »[30]

Lacan a été  sensible à la toute puissance présente dans les fantasmes  de Hans, qui comme le Humpty-Dumtpy d  ’Alice au pays des merveilles est capable de dire à tout instant « Les choses sont ainsi parce que je le décrète, parce que je suis le maître »[31] Je joue avec les mots, je décrète,  j’annule, je décide. Mais il a aussi marqué à quel point  cette toute-puissance était illusoire, dès lors que l’enfant est confronté à la question : « Qu’est ce que la mère désire quand elle désire autre chose que moi, l’enfant ? »[32]  Hans fait semblant d’être le maître en jouant avec les signifiants, il a besoin de se consoler car tout ce qu’il a appris n’est pas seulement juste une bonne plaisanterie.

Fabienne Biégelmann


[1] Truffaut par Truffaut, textes et documents réunis par Dominique Rabourdin, Edition du Chêne, 1985, p.57

[2] S.Freud, Le mot d’esprit et sa relation à l’inconscient, Folio, Gallimard, Paris, 1988 pour la traduction française

[3] Freud, texte cité, p.411

[4] S.Freud, texte cité, p.236

[5] M. Leiris, La règle du jeu, Biffures,  « …, Reusement ! »Gallimard, p. 11 et 12

[6] S.Freud, in L’inquiétante étrangeté et autres essais, L’humour, Gallimard, Paris, 1985

[7] S.Freud, texte cité, p.325

[8] S.Freud, Le mot d’esprit et sa relation à l’inconscient texte cité p. 400

[9] S.Freud, Analyse d’une phobie chez un petit garçon de cinq ans, in Cinq psychanalyses PUF, 1954

[10] J.Lacan, La relation d’objet, Seuil, texte établi par Jacques-Alain Miller, Mars 1994

[11] J.Lacan, texte cité, p. 225

[12] Ibi., p.294

[13] S. Freud,  Le mot d’esprit et sa relation avec l’inconscient, texte cité, p.56 à 62

[14] S.Freud, Analyse d’une phobie chez un petit garçon de cinq ans, in Les cinq psychanalyses, PUF 1954, p.137

[15] Ibid., p.137

[16] Ibid., p.142

[17] Ibid. ; p.142

[18] Ibid. ; p.142

[19] Ibid. P.142

[20] J.Lacan, La relation d’objet, texte cité p.256

[21] Ibid.  . p.289

[22] Freud, texte cité, p.127

[23] Lacan, La relation d’objet texte cité, p.297,

[24] Freud, Analyse d’une phobie chez un petit garçon de cinq ans, texte cité, p.116 à 119

[25] Ibid., p.119

[26] Lacan, La relation d’objet, texte cité, p.264

[27] Freud, Analyse d’une phobie chez un petit garçon de cinq ans, texte cité, p.120

[28] Ibid. p.120

[29] Freud, texte cité, p.153

[30] Ibid., p.153

[31] Lacan, La relation d’objet, texte cité, p.293

[32] Ibid. p.293